Cartulaire

Colloque international de Cerisy

Maîtriser le temps et façonner l’histoire
Les historiens normands aux époques médiévale et moderne

 

Centre Culturel International de Cerisy / Avranches (France)
25-29 septembre 2019

Axes de recherche

1. Dans l’atelier de l’historien : outils et sources indispensables à la maîtrise du temps et à l’écriture de l’histoire


« Si l’historien de l’Antiquité classique avait mis tout son soin à donner un récit bien écrit et bien construit où apparût l’enchaînement des causes, celui du Moyen Âge eut pour premier souci de situer les événements dans le temps. L’historiographie médiévale est d’abord marquée par l’obsession de la date. Son plus grand mérite est assurément la conquête du temps et, tout en disant les murs auxquels celle-ci s’est heurtée, il convient de ne pas sous-estimer les succès auxquels elle a abouti ». Ces mots de Bernard Guenée (1927-2010), tirés de son ouvrage de référence Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval (1980), peuvent servir d’introduction au premier axe de ce colloque, où l’on pénétrera dans l’atelier des historiens normands afin d’étudier les outils et les sources mis à contribution pour « maîtriser le temps », dans une approche résolument méthodologique. Catalogues de puissants, tables pascales, nécrologes et archives, notamment, ont souvent constitué des instruments indispensables aux chroniqueurs et aux chronographes médiévaux.

On pourra s’interroger, ici, sur les méthodes de quelques historiens dont les travaux ont largement forgé nos conceptions de l’histoire de la principauté, comme Dudon de Saint-Quentin (Xe-XIe s.), Guillaume de Jumièges (XIe s.), Orderic Vital (XIIe s.) et Robert de Torigny (XIIe s.), mais aussi sur celles d’autres en partie négligés jusqu’alors, comme Pierre Cochon (XVe s.) ou François Carré (XVIe s.). On ne négligera pas non plus ceux restés anonymes et on pourra prolonger la réflexion jusqu’à la période mauriste (XVIIe et XVIIIe s.). Il conviendra également d’étudier les cas d’historiens normands traitant d’autres régions que la Normandie. La question de l’inégalité des historiens vis-à-vis des matériaux à leur disposition pourra aussi être posée : les fonds des bibliothèques sont largement inégaux et certaines institutions, en particulier monastiques, ont développé des systèmes d’échanges plus perfectionnés que d’autres. Autrement dit : y a-t-il des lieux plus propices que d’autres à l’émergence des historiens ? Ou bien sont-ce les historiens qui font les centres de production historique ?

 

2. Écrire, réécrire, compiler, traduire : la part de l’auteur ?


Dans son ouvrage Écriture et réécriture hagiographiques (2005), Monique Goullet a étudié les mécanismes de réécriture des vies de saints dans l’Occident latin médiéval du VIIIe au XIIIe siècle. Puisque histoire et hagiographie n’étaient pas deux genres littéraires clairement différenciés au Moyen Âge – nombre d’historiens médiévaux furent également des hagiographes –, les oeuvres historiques peuvent se prêter à des études similaires. Il s’agira d’analyser les choix des historiens, qui peuvent s’effectuer dans la nature de l’oeuvre (chronique, biographie, histoire, poésie, récit de voyage…), dans les mots et le style, dans la langue d’écriture, etc. Chaque écriture de l’histoire étant une relecture du passé ou/et de faits déjà écrits, s’intéresser au prisme qu’est celui de l’auteur permettra, aussi, de lire à meilleur escient certaines sources largement utilisées par les historiens de la Normandie et pour lesquelles un travail critique n’a pas toujours été entrepris (on songera en particulier à certaines annales, chroniques et histoires monastiques, comme celles du Bec et du Mont Saint-Michel).

Cet axe pourra déboucher sur la question de savoir s’il a existé, à certains moments, une ou des école(s) historique(s) normande(s), anglo-normande(s), franco-normande(s), italo-normande(s), etc. Par ailleurs, bien que l’histoire ne soit pas une discipline des arts libéraux, elle se prêtait à différentes formes d’exercices scolaires, touchant soit à la littérature (grammaire, versification, rhétorique), soit au comput (annales et chroniques). On s’intéressera donc à la question de l’enseignement de l’histoire, ainsi qu’au rôle de celui-ci dans la transmission des oeuvres historiques.

 

3. Lire les historiens médiévaux et modernes aujourd’hui


Depuis quelques années, notre approche des historiens médiévaux et modernes a radicalement changé, non seulement d’un point de vue théorique mais aussi technique. On pourra s’interroger sur les nouvelles approches des textes et leurs conséquences épistémologiques : les outils numériques fournissent notamment de nouvelles clefs de lecture (édition en xml, création de corpus au moyen de bases de données, accès aux reproductions numériques de documents originaux, création de bibliothèques virtuelles, émergence de nouvelles perspectives de travail sur les manuscrits comme dans le projet Himanis piloté par l’IRHT, etc.). Celles-ci favorisent notamment un indispensable et bénéfique « retour aux sources ».

Au croisement des études historiques et philologiques, cet axe pourra aussi être transversal et recouper des problématiques évoquées par ailleurs.

 

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